Le Complexe du Schtroumpf à lunettes

lunettesEntre tous les Schtroumpfs, ces célèbres petits trucs bleus que le monde entier nous envie, eh bien personnellement, c’est le Schtroumpf à lunettes que je préfère. Persécuté par les autres, moqué en raisons de ses lunettes, exclu à cause de ses préférences pour la Raison et la défense de la grammaire, ce pauvre Schtroumpf à lunettes fait l’unanimité contre lui. C’est pour le défendre que j’ai monté, de mes blanches mains et de mon gris cerveau cette page de soutien au Schtroumpf à lunettes, véritable martyr de la cause des intellos persécutés par la plèbe ignorante et veule. Si comme beaucoup, vous sentez que vous avez été un jour victime du syndrome du Schtroumpf à lunettes, rejeté par les autres en raison de votre apparence, de votre obéissance à l’autorité ou de vos capacités intellectuelles hors normes, alors adhérez au Comité de défense du Schtroumpf à lunettes, pour un monde plus juste et moins aveugle !

Un Schtroumpf rejeté en raison de son physique

D’emblée le Schtroumpf à lunettes est différencié des autres schtroumpfs par son nom, qui fait directement référence à une particularité physique : il est myope, et porte donc des lunettes disgracieuses. Les autres schtroumpfs ne sont jamais désignés ainsi par un trait physique, sauf lorsque celui-ci est avantageux (schtroumpf costaud). Depuis toujours, le schtroumpf à lunettes est ainsi mis au ban de la société, et ce en raison de son apparence physique, ce qui, convenons-en, est de la plus haute injustice. Les lecteurs avisés se référeront également à l’album Le Schtroumpf Noir qui dès son titre indique bien qu’il existe indiscutablement des a priori sectaires à tendance raciste chez les Schtroumpfs.

De plus, sa disgrâce se double d’un handicap : sans ses lunettes, le schtroumpf à lunettes est très handicapé par sa myopie. Les autres schtroumpfs, loin de lui porter secours ou même de lui témoigner quelque compassion, abusent honteusement de ce handicap pour lui faire subir les pires outrages.

Combien d’entre nous, en raison de leur physique, furent un jour rejetés et moqués par leurs petits camarades dans la cour de l’école ? Cette horrible discrimination doit cesser ! Refusons le rejet des foules fondé sur des critères purement physiques, et brandissons bien haut la cause du Schtroumpf à lunettes !

Une société intolérante et violente

Un des traits marquants qui caractérise le schtroumpf à lunettes est le rejet dont fait preuve la société envers lui. Ce rejet a plusieurs causes, comme nous le verrons, mais l’essence même du rejet est le refus de la différence. Le schtroumpf à lunettes est différent des autres schtroumpfs, il est marqué sur le visage par des lunettes d’infamie, et ne sera jamais l’égal de ses frères. Cette profonde injustice affectera à la fois son caractère et ses rapports à autrui, ainsi que sa vision de la société.

Quelle que soit la situation, et sans raison aucune, le Schtroumpf à lunettes est sûr de faire l’unanimité contre lui. L’exemple de Schtroumpf vert et vert schtroumpf montre que le Schtroumpf à lunettes, indépendamment de son habitat, est rejeté par les deux parties du village, traité de déchet et contrait à adopter comme seul refuge la ligne-frontière qui sépare le village en deux. Cette ligne est le symbole à la fois d’un juste milieu conciliateur entre les extrêmes totalitaires et d’un espace insuffisant laissé au faible et à la différence dans le village schtroumpf.

La violence des extrêmes ne laisse aucune place aux tentatives de médiation.

Chez les Schtroumpfs, il n’y a de place que pour l’extrémisme et la bipolarité. Lorsque deux camps s’affrontent, le Schtroumpf à lunettes, partisan de la paix et du recours à la Raison (dans notre exemple précédent, nous le voyons tenter de mettre tout le monde d’accord grâce à sa grammaire Schtroumpfe) est exclu, comme sont exclus des débats ceux qui prônent avant tout le bon sens et la concorde devant les violents et les intolérants. Plus loin, dans le même album, le Schtroumpf à lunettes se fait l’informateur des deux camps, avertissant l’un et l’autre des manifestations prévues. Cette tentative de se concilier les deux partis opposés peut sembler lâche et hypocrite, mais la situation désespérée du Schtroumpf à lunettes le pousse à tenter de se faire accepter dans un camp ou dans l’autre, au mépris de ses propres convictions. Sa solitude et son désir de normalité le contraignent à cette situation dégradante, mendiant l’intérêt public au détriment de ses propres valeurs. Le Schtroumpf à lunettes, présenté sous le masque du traître et de celui qui joue un double jeu, est en réalité la vraie victime de la société qui ne lui laisse d’autre choix que de se comporter ainsi.

Agression à main armée sur un schtroumpf sans défense, avec traumatisme crânien à la clef.

Des méthodes barbares

La société Schtroumpfe n’est pas seulement intolérante, elle est aussi violente. Est-il encore besoin de mentionner le recours systématique à la force devant l’intelligence du Schtroumpf à lunettes ? Le célèbre coup de marteau par-derrière est devenu un classique, et lorsque notre pauvre Schtroumpf tente de livrer sa vision des choses de façon littéraire et pensée, il est aussitôt victime d’une agression sournoise de la part d’un représentant de la foule inculte et barbare des Schtroumpfs, incapable de reconnaître la valeur de la culture et de l’esprit, et privilégiant la force brute pour déterminer le vainqueur d’une querelle.

 

Mais cette violence physique s’accompagne également d’une violence morale, beaucoup plus perverse. Le cadeau offert par le schtroumpf farceur reflète parfaitement la cruauté de la société schtroumpf qui abuse de la naïveté du Schtroumpf à lunettes et de son besoin affectif pour mieux le blesser. Cette nouvelle humiliation va plus loin que le simple coup de marteau sur la tête par-derrière : en effet non content de le briser dans sa chair, les autres Schtroumpfs le brisent moralement en retournant, par une cruelle ironie, un cadeau en bombe. Cette attaque fourbe et traîtresse blesse non seulement physiquement mais aussi moralement et devrait être interdite par la convention de Genève. Combien d’exclus des cours de récréation furent victimes de ce petit jeu cruel et traumatisant, d’une amitié feinte et hypocrite qui cherche à mieux blesser le faible en exploitant sa détresse ? Ce genre de procédé est tout simplement ignoble.

Les rapports à l’autorité

La soumission aveugle à l’autorité fait du schtroumpf à lunettes un serviteur zélé autant que rejeté, à la fois par ses maîtres et par ses pairs. Deux figures de l’autorité sont présentes dans l’histoire Schtroumpfe.

Le Grand Schtroumpf est la figure paternelle et le représentant de l’autorité parmi les Schtroumpfs. A ce titre, le Schtroumpf à lunettes lui voue une admiration et une dévotion sans bornes, effectuant la moindre tâche qui lui est confiée avec joie et célérité, et proposant son aide à son mentor dès qu’il trouve une occasion de le faire. Hélas, le Grand Schtroumpf, qui devrait représenter le salut pour le Schtroumpf à lunettes en s’érigeant comme protecteur du faible trahit souvent cette confiance et rejoint traîtreusement la masse haineuse des autres Schtroumpfs, en prenant parti par exemple pour les p’tits Schtroumpfs lors d’un concert ou en profitant lâchement de ce que le Schtroumpf à lunettes a le dos tourné pour lui lancer une boule de neige en fourbe, lorsqu’il sait qu’il ne pourra être découvert. Cette attitude traîtresse de l’autorité envers un serviteur dévoué ne mérite que le mépris.

preuve

Ces images parlent d’elles-mêmes : voilà la preuve de cette manoeuvre traîtresse et parfaitement lâche, indigne d’un leader supposément sage et impartial.

Le Schtroumpfissime dans l’album du même nom représente le tyran qui ne se cache point, contrairement au Grand Schtroumpf qui lui détient le pouvoir par la manipulation et la domination gérontocratique. L’attitude du Schtroumpf à lunettes, passant du candidat adverse au soutien fidèle et dévoué de l’autorité légale (car le Schtroumpf à lunettes n’est pas mauvais perdant et il sait se plier aux exigences des lois ) ne peut qu’être saluée, d’autant plus que son sens critique s’exerce également lorsqu’il tente de faire libérer le Schtroumpf farceur et qu’on lui oppose encore une fois la force. A cette occasion, on notera le dévouement du Schtroumpf à lunettes qui, loin d’éprouver quelque rancune envers l’un de ses principaux bourreaux fait tout pour le libérer, allant jusqu’à rejoindre la minorité de Schtroumpfs résistants lorsqu’il s’aperçoit que le gouvernement en place est inique et totalitaire. Son arrestation lors de la libération héroïque du Schtroumpf farceur est le fait de la lâcheté de ses pseudo-compagnons qui l’abandonnent aux mains du Schtroumpfissime sans remords et ne viendront jamais le rechercher par la suite. Désemparé, le Schtroumpf à lunettes accuse ses anciens amis mais cette attitude, face à la trahison, est totalement compréhensible.

L’intellect face à la force brute

Dans ce monde bien noir, le schtroumpf à lunettes cherche une consolation dans la morale. Puisque les schtroumpfs sont immoraux envers lui, il s’érigera au moins en martyr de l’éthique et de la culture, renvoyant par là même la meute hurlante des autres Schtroumpfs à la bassesse de l’ignorance et de la loi de la jungle. Si les schtroumpfs vivent comme des sauvages, le schtroumpf à lunettes au moins reste un parangon de vertu et un soutien de la morale et de la culture face à l’ignorance et à la cruauté. Sa recherche d’un statut d’intellectuel à travers l’étude de la grammaire, de la morale et du latin prouve encore une fois son attachement à des valeurs inconnues des autres Schtroumpfs. Par la morale, le Schtroumpf à lunettes se distingue des autres et prend pouvoir sur eux, la force brute n’étant jamais la base des sociétés civilisées.

Les détracteurs du Schtroumpf à lunettes reprochent souvent à cet intellectuel maladroit et gauche sa lâcheté et son hypocrisie. S’il est vrai que le Schtroumpf à lunettes vit en marge de la société et attise la haine contre lui à cause de ses rapports à l’autorité et de son gout de l’ordre, qui l’amènent souvent à se conduire en lâche, il ne faut pas oublier non plus que dans cette jungle qu’est le village Schtroumpf, le Schtroumpf à lunettes n’a aucune autre échappatoire pour sa survie que de s’en remettre à la fuite, à la dérobade et au recours à la force publique. C’est la société Schtroumpfe qui fait du Schtroumpf à lunettes un lâche et un hypocrite, car sa nature profonde est généreuse et bonne, et c’est parce qu’il est rejeté qu’il doit se livrer à des manœuvres peu glorieuses et à des dénonciations qui sont sa seule arme. Sa célèbre phrase, « je le dirai au Grand Schtroumpf ! » est devenue un classique. A travers elle transparait toute la détresse de l’intellectuel persécuté qui recherche simplement son salut dans le recours – souvent décevant – à l’autorité légale, brisant la loi du silence qui ne tourne jamais qu’en faveur de ses ennemis.

Loin d’y prendre plaisir, le Schtroumpf à lunettes est contraint et forcé de dénoncer les autres pour pouvoir briser cette domination des forts qui le rejetteront toujours car ils ont peur de son intelligence. Le recours à la force publique, la dénonciation des brutes injustes, la recherche d’une justice qui ne serait pas soumise au droit du plus fort, tout cela n’a rien de honteux !

Nous terminerons enfin sur une note optimiste ce tableau noir de la situation du Schtroumpf à lunettes, en nous référant à l’album Les Schtroumpfs Olympiques. Ayant – comme de juste – joué l’arbitre tout au long de l’histoire (prouvant encore par là son sens de l’équilibre et de la justice tandis que tous les autres Schtroumpfs en auraient été incapables) le Schtroumpf à lunettes ne peut recevoir de médaille, récompense dérisoire et machiste venant saluer la seule qualité encensée dans la société Schtroumpfe : la force physique. Mais, dans un épilogue hautement moral, le Schtroumpf à lunettes réussit à séduire la Schtroumpfette en lui offrant une carte rose, touchant la pauvre fille au fond du cœur. La seule représentante féminine de la société Schtroumpfe, reconnaissant enfin la vraie valeur du Schtroumpf à lunettes et rejetant le fier-à-bras héros des autres Schtroumpfs, offre la récompense suprême (un baiser) non à l’athlète emblématique des Schtroumpf mais à l’humble intellectuel laid et rejeté par tous les autres. Un message d’espoir aux millions de persécutés à qui l’on veut faire croire que seule la force est facteur de séduction chez l’homme…

carte_rose

Conclusion

Vous, les boutonneux, les intellos, les ploucs, les serpents à lunettes, les premiers de la classe, les fayots, les rachitiques, les damnés du cours d’EPS, les exclus et les persécutés, ne désespérez pas ! Vous êtes victimes du complexe du Schtroumpf à lunettes, préférant la Raison à la force brute, la soumission à l’autorité à la popularité des cancres, le romantisme au machisme. Vous avez raison, et ce sont les autres qui ont tort ! Ne vous en faites pas, à la fin, c’est vous qui les dégoûterez tous en vous tapant la Schtroumpfette sous leurs yeux ébahis et bêtes. Il y a une justice en ce bas monde, ne vous laissez point corrompre et n’ayez pas honte de rester plongé le nez dans vos bouquins, tout n’est qu’affaire de patience ! Vous les narguerez plus tard, quand ils seront balayeurs et que vous serez cadre, ingénieur ou Grand Schtroumpf à la place du Grand Schtroumpf avec un salaire dix fois comme le leur ! Et en attendant, vous pouvez toujours le dire au Grand Schtroumpf en titre, ca vous soulagera et avec un peu de chance ils seront tous punis, ces espèces de schtroumpfs à la schtroumpfe.

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